About Minoep
1,459 km
77:36 h
Recent Activity
10:27
338km
32.4km/h
5,630m
5,350m
Minoep went cycling.
April 23, 2025
Là, moi qui m’attendait à voir des dizaines de vélos alignés, rien, des touristes qui mangent dans les cafés en me regardant bizarrement… Je comprends que le point rentré dans mon GPS n’est pas le bon, je dois continuer 2 ou 3 km le long de la plage pour trouver le Chirigunto qui est le bar d’arrivée ! Je fonce et je suis rattrapée par Baptiste, j’ai du mal à réaliser qu’on est en train d’arriver. D’ailleurs ça y est on y est. Je vois Maman, je vois Victor qui tient un portable avec Charles au bout du fil, je vois Patrick. J’arrête mon vélo et d’un coup Baptiste qui était là depuis 48h disparaît et je suis avec des visages connus dans une impression irréelle. Du bonheur de les voir, l’étrangeté de décrocher de Baptiste et de mon vélo, la difficulté à réaliser que c’est fini. 19e femme 91e ex aequo 1460km 76h50 roulées 15460D+
00:19
3.72km
12.0km/h
20m
20m
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April 23, 2025
A 7h nous arrivons à Tabernas. Le lever du jour sur ce village où nous arrivons par des petites routes de terre est un des souvenirs les plus beaux du voyage. Les coordonnées du checkpoint se trouvent tout en haut des ruines qui surplombent le village. Nous voyons le soleil émerger derrière les montagnes qui entourent le village. La journée s’annonce pentue, il nous reste environ 200km et 3000 de dénivelé. Nous ne savons pas encore si nous finirons la course ce soir où s’il faudra encore un réveil à remonter sur le vélo. Finalement cette journée se déroule tout aussi bien que la précédente ; nous ne sentons pas tant les cols, la vue sur la Sierra Nevada enneigée nous en distrait à merveille. Dans l’après-midi un petit village nous tend les bras pour la pause bocadillos. Baptiste se rafraîchit les jambes dans la fontaine du village et Antoine qui filme la course nous rejoint. A ce moment les premiers jours compliqués me paraissent loin et ce qui est la dernière journée pourrait être seulement le début du voyage. En fin de journée nous arrivons à Grenade. La température est étouffante, la circulation nous semble infernale comparée aux petites routes vides sur lesquelles nous avons roulé toute la journée. Nous continuons, nous allons arriver à Almunecar aujourd’hui. Je préviens Maman qui est arrivée dans la journée avec Patrick : on arrive ! Seulement il reste encore un col, un checkpoint. 70 km peut-être. C’est beau mais c’est long. A moitié du col nous croisons Jennifer la photographe et une participante qui a l’air au bout de sa vie. Baptiste essaye de lui parler mais elle ne répond pas vraiment, on continue et on est rattrapés par Léo, un fou dingue qui roule à fond et qui nous crame dans les derniers km. En haut du col, le dernier checkpoint et ensuite… De la descente on pensait mais il reste encore quelques “coups de cul” Baptiste s’impatiente. Il a envie d’arriver il n’en peut plus des montées et puis ses freins à patin ne sont pas l’idéal pour la mauvaise route pleine de gravier et de nid de poule. Le jour commence à décliner, je guette la Méditerranée et je pense à Maman qui m’attend. Aux derniers rayons de soleil j’aperçois enfin la mer et les villages nichés sur la côte. La descente vers la mer dans des gorges est magnifique je regrette de n’avoir pas le temps de prendre quelques photos. La descente est interminable et la nuit a le temps de tomber, il fait bien noir quand j’arrive enfin à Almunecar.
14:18
253km
17.7km/h
3,640m
4,020m
Minoep went cycling.
April 22, 2025
6h30 c’est l’heure de repartir ! Heureusement comme la journée d’hier a fini par une montée, celle-ci commence par une descente… Et dans la nuit je rattrape (ou je suis rattrapée ?) par un cycliste, Baptiste, le même que j’avais retrouvé puis abandonné devant l’église de Sacecorbo. On discute dans la nuit qui s'éclipse peu à peu, il est basque, kiné, ce n’est pas la première fois qu’il fait la Désertus. Et il a envie d’un café. Une pause après 50km, ce n’était pas dans mes habitudes des derniers jours mais son rythme et sa présence me conviennent bien. Je m’arrête avec lui dans le premier café que nous trouvons ouvert. La télé diffuse les infos en continu : nous apprenons que le Pape est mort. Profiter d’un café au lait, manger des madeleines, redevenir perméable aux nouvelles du monde et à la présence de quelqu’un pendant plus de 30 minutes, voilà une journée qui commence comme aucune autre depuis le début de cette course. Avec Baptiste nous récupérons un troisième larron, Olivier, breton à la puissance de pédalage impressionnante sur le plat. Après la validation du troisième checkpoint, face au désert des badlands, nous prenons la route. Nous avons le vent dans le dos, nous roulons au milieu des champs à 30km/h en faisant plus que pauses que je n’en faisais toute seule. On goûte un saucisson sec local, on mange des glaces… A midi nous nous arrêtons dans un restaurant où nous retrouvons d’autres participants. Un énorme orage éclate à ce moment-là et s’arrête quand nous reprenons la route. Une journée sous le signe de la chance et du partage. Le coucher de soleil est encore une fois magnifique mais il est aussi synonyme de devoir trouver un abri pour la nuit. Olivier est aidé par un copain à distance qui lui a réservé un hôtel à Vera. On l’y dépose à 20h puis on continue à deux avec Baptiste. La fatigue de la journée commence à se faire sentir, j’ai presque envie de retrouver la solitude dans laquelle j’ai passé les premiers jours de courses surtout quand le GPS de Baptiste nous fait prendre des voies impraticables qui nous ralentissent. J’ai hâte d’arriver à l’hôtel, je trouve une bonne chambre à Sorbas sur booking et je réserve pour nous deux. Nous serons à 30km du checkpoint 3 ce soir. Quand nous arrivons, le réceptionniste nous engueule un peu, il fallait arriver avant 20h, il m’a appelé… Pas vu. L’hôtel nous paraît être le summum du confort, les deux lits sont immenses, la salle de bain est impeccable (contrairement à nous). Après une douche et quelques messages à nos proches respectifs nous nous écroulons, le réveil est programmé pour 4h30.
12:39
301km
23.8km/h
2,130m
2,800m
Minoep went cycling.
April 21, 2025
Le départ de Cuenca est un vrai nouveau départ. Je fais enfin un arrêt dans un supermarché. Par négligence et envie d’avancer vite pour fuir les mauvaises conditions je n’avais pas encore pris le temps de le faire donc je n’ai pas bien mangé. Dans l’immense supermarché j’achète pour tout de suite un sandwich, une tortilla et une banane et surtout je fais des réserves pour plus tard, une tortilla et une banane. J’ai retenu deux choses des dernières 48h : avoir l’assurance d’un lit pour la nuit avant qu’elle ne tombe à défaut de matos de bivouac et avoir toujours une tortilla d’avance. En sortant de la ville, malgré la circulation (ou peut-être à cause d’elle pour ne pas y penser) je passe un coup de fil. C’est l’anniversaire de mon grand-père paternel qui fête ses 95 ans. Pour l’occasion, mes cousins et oncles et tantes se sont réunis chez lui et organisent une grande fête. Je n’y suis pas et cette absence est amère, j’y pense longuement en franchissant le col qui marque la sortie de Cuenca. Après Cuenca quelques petits cols puis c’est la grande traversée de la diagonale du vide. Les routes sont droites, plates et roulantes, je fonce et je profite du temps enfin sec, enfin en maillot court. Toute la journée je me fais rattraper par quelques participants qui ont dormi à Siguenza et dormi plus que moi. J’avance doucement mais sûrement, les routes de Castille-La-Manche deviennent de plus en plus ocre et annoncent l’Andalousie à venir. En fin de journée j’appelle une chambre d’hôte, malheureusement eux sont complets mais on m’indique l’existence d’un refuge en haut d’un petit col. La fin de journée est magnifique, autour de 20h je descends au creux d’une gorge dans laquelle un village minuscule est niché dans la roche. La montée pour en sortir est raide mais les couleurs du coucher de soleil et le calme aux alentours valent l’effort. Les derniers kilomètres avant d’atteindre le refuge paraissent longs, la route monte encore, la nuit est tombée… J’arrive enfin dans un petit village en contrebas d’une falaise et je me dirige vers l’endroit que m’indique maps pour le refuge. Je tourne dans le village mais impossible d’identifier clairement l’endroit tant attendu alors je rentre dans l’unique endroit ouvert, un café où dînent 2 personnes. La jeune femme derrière le bar m’annonce une double bonne nouvelle : c’est elle qui a les clefs du refuge et elle peut me donner deux bocadillos et une canette de coca. Joie joie, je prends tous les précieux items et je me rends à l’adresse qu’elle m’a indiquée. Là je trouve deux douches mais aussi trois portes impossible à ouvrir. Tant pis je me douche et j’installe mon duvet (sec) sur le sol et je m’endors autour de 23h30. Sur les coups de 2h du matin un boucan me réveille : un immense type est en train d’équiper son vélo. J’émerge et je comprends qu’il vient de derrière une des portes que je n’avais visiblement pas assez forcé pour ouvrir. Immense blague, il y a là une pièce avec des lits de camp et des prises électriques. Je salue le gars (Mathias, un allemand copain de Naomi) et je me rendors sur un des lits après avoir tout mis à charger.
10:15
176km
17.2km/h
1,950m
1,860m
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April 20, 2025
Je repars, je ne sais pas pour combien de temps, je sais que ce sera long, à cette heure personne n’est reveillé pour répondre à son téléphone. Le jour se lève dans 6h, il faut rouler. De cette nuit je garde en souvenir l’impatience de voir arriver les quelques montées qui me réchauffent. Dans l’un des cols j’écoute un épisode du podcast Les Baladeurs dans lequel une femme raconte avoir fait un voyage spirituel en Inde dans les pas de la voyageuse Alexandra David-Neel. Elle s’adresse directement à elle en l’appelant Alexandra et son récit allumé me parait venir d’un rêve. Je fonctionne aux barres de céréales et je prends un gel à la caféine, j’en consomme peu mais celui là est bien précieux. La portion entre 4h et 6h du matin est la plus longue, je descend enfin de l’Alto Tajo, guettant une augmentation des degrés avec l’altitude qui chute mais rien n’y fait. Au cours de cette nuit interminable, mes règles arrivent. Je n’ai pas mal, pas de crampes mais rien pour me changer ou me nettoyer et l’inconfort est maximal, il s’ajoute aux douleurs aux fesses et aux genoux déjà bien présentes. ça ne sert à rien d’arriver trop vite je sais que si j’arrive avant 6h à Cuenca tout sera fermé. A 5h du matin je compte les minutes avant le lever du soleil, je demande juste un ou deux rayons de quoi se réchauffer et décongeler mes doigts qui n’arrivent plus bien à passer les vitesses. Enfin j’arrive à Cuenca sur les coups de 6h, le soleil se lève mais ces heures de rosée sont encore fraîches. Le premier hôtel est fermé, dans le second je trouve un homme qui tente de m’expliquer que ce n’est pas lui qui décide mais que je peux attendre à l’accueil. Je ne comprends rien mais un objet incroyable est présent : un canapé. Je pue et j’ai mon vélo à côté. Je déplie mon duvet, je m’écroule sur le canapé. Je suis réveillée 30 minutes plus tard par la dame de l’accueil qui comprend, deux cyclistes de la course ont dormi là et sont repartis tôt ce matin. Elle me propose d’abord une suite parentale à 60 euros. Pour 4h de sommeil c’est cher, je lui dis. Il y a bien une deuxième solution moins chère mais c’est une chambre qui ne ferme pas à clé. Absurdité de cette vie où j’ai failli dormir par terre devant une église 6h plus tôt et on ne veut pas louer une chambre qui ne ferme pas à clé. Je prends la chambre et là il faut être efficace malgré la fatigue, ne rien oublier. Étendre les habits encore mouillés, mettre le GPS et les lumières à charger, le téléphone ensuite. Se laver. Programmer un réveil dans 4h. Dormir. A 10h je me réveille, je me rhabille et je vais prendre le petit déjeuner de l’hôtel. La dame m’avait d’abord dit qu’il était payant mais finalement elle me l’offre. Après Elena, encore une dame qui m’aide sur le chemin. Villaespasa-Cuenca plus de 300km, environ 4h de sommeil, je quitte une chambre qui sent l’humidité mais enfin, dehors, le temps est sec et il le restera jusqu’à l’arrivée.
06:12
110km
17.7km/h
1,290m
1,510m
Minoep went cycling.
April 20, 2025
Je rattrape un petit groupe de 3 coureurs, une femme et deux hommes. Ils sont partis de Burgos ce matin, voilà le prix de mon erreur d’aiguillage. Mes efforts d’hier soir sacrifiés pour rien, j’aurais pu dormir à Burgos et en être au même point. J’essaie de ne pas y penser et me raccroche aux mots de Charles : la course est longue, tout le monde va gagner puis perdre du temps, inutile de s’escrimer à lutter contre la montre. Soixante minutes perdues sur une course de plusieurs jours, ce n'est rien pour moi qui ne joue ni la gagne ni même un top 10. Notre petit groupe arrive au pied du premier checkpoint. Dans le petit village, un hôtel sert de QG et, enfin, j’y trouve l’ambiance de la course. Des visages fatigués, des corps souffrants déjà, crispation du dos, genoux qui rechignent. Et dans toutes les bouches la même phrase : “qu’est-ce qu’on a vécu hier ?”. L’avis est unanime, nous ne nous connaissons pas, nous venons tous d’endroits différents mais personne n’avait jamais roulé dans de telles conditions.J’apprendrai ensuite que beaucoup ont pensé à abandonner, d’ailleurs entre hier et aujourd’hui l’application compte déjà une trentaine de DNF “do not finish”. L’expérience rassemble, le petit déjeuner aussi. L'hôtel propose des bocadillos, des donuts et bien sûr des cafe con leche ; je mange deux sandwichs et je fais l’erreur de n’en prendre aucun pour la route. Il faut repartir, l’ambiance est douce mais le checkpoint n’est plus qu’à une dizaine de km il faut l’atteindre. Je débute la montée accrochée à la roue de deux garçons qui me distancent rapidement, qu’à cela ne tienne j’ai les 17 minutes de vocaux d’Alice pour occuper la montée. L’arrivée en haut est décevante, la météo d’hier a transformé le cimetière de Sad Hill en pataugeoire géante. Des cyclistes, gadoues jusqu’au genoux progressent difficilement jusqu’au centre du cimetière indien qui forme un cercle, là où est le point GPS à valider. L’ambiance est plus cyclocross belge que Desertus Bikus sous soleil brûlant. Les sommets alentours sont encore auréolés de neige. Certains choisissent une portion gravel pour repartir, je redescends par la route. Seulement 60 km nous séparent du second checkpoint, à tracer le vent dans le dos sur une nationale. J’en fait une grande partie avec Naomi que je suis ravie de croiser après l’avoir poursuivie sur la carte toute la journée d’hier. Elle est suisse et elle est partie avec un groupe de 10 copains, une sorte de colonie de vacances où chacun passe la journée en solitaire et on essaie de se retrouver le soir, quand on peut. Elle aussi a pensé à abandonner hier soir. Naomi & Noémie se séparent un peu avant le second checkpoint. Elle est coursière, sa vie c’est son entraînement, elle trace. Le second checkpoint est une jolie église planquée au creux d’une falaise. Je mange le sandwich qu’il me reste d’hier et j’échange avec un coureur qui a fait la même erreur de route que moi plus tôt ce matin. Encore pire il est parti de Burgos à 3h du matin et la vague de froid était encore là, il a encaissé du vent et de la neige qui ont réduit à néant les forces récupérées par sa courte nuit. En comparant nos itinéraires jusqu’au lointain CP 3 il se rend compte que le sien est plus long et plus pentu, je propose de lui envoyer le mien un peu plus tard dans la journée parce que je n’ai plus de batterie, et je repars, j’espère que la suite de sa journée sera plus clémente. Débute alors une longue transhumance jusqu’au sud de l’Espagne, le troisième checkpoint est dans le désert de Los Barancos 500km plus loin. La suite de cette seconde journée est solitaire et calme, le soleil se montre enfin mais les affaires ont du mal à sécher il ne fait pas assez chaud. Un peu avant Siguenza je suis rattrapée par un petit groupe de mecs, ils roulent entre copains et en famille, il y a un père d’une soixantaine d’année et son fils. Notre route grimpe pas mal ; nous croyons atteindre un plateau mais nous redescendons immédiatement pour remonter ensuite sur des pentes très courtes. C’est le championnat du monde de la prise d’élan ; je pédale très fort dans les descentes pour limiter des efforts dans les montées. C’est magnifique autour de nous mais c’est casse pattes. Les gars s’arrêtent dormir à Siguenza où nous arrivons autour de 20h. Je fais une pause à une station service, j’appelle Charles. L’hésitation est la même qu’hier : s’arrêter là dans un hôtel ou continuer à rouler et prendre le risque de ne rien trouver ? J’essaie d’acheter à manger mais la supérette ne propose que des barres, double KitKat White pour le repas. La lumière est belle, je me sens bien. Je remonte sur le vélo et j’entre dans le Alto Tajo. J’espère trouver de quoi manger et dormir à Sacecorbo à une trentaine de kilomètres. Manque de chance je ne trouverais rien, ni restaurant ouvert ni hôtel accueillant. Un peu avant Sacecorbo alors que la nuit est tombée on me fait signe sur le bas côté, un flash de téléphone. Je ralentis à peine, c’est un homme qui a arrêté là son camping car, avec sa femme ils attendent leur fils qui est également sur la course. Il me propose au vol un plat chaud je lui dit que j’espère trouver plus haut, il me prévient qu’il n’y a pas grand chose. Je lui demande, un peu hallucinée s’il va rouler avec son fils quand il arrivera. Je n’entends pas sa réponse je suis loin, je n’imagine la vie plus que comme ça, rouler, rouler. Pourtant il faut dormir et à Sacecorbo je trouve porte fermée, toutes les chambres sont prises et la Cruella d’enfer qui tient l’hôtel refuse de me laisser dormir même sur un morceau de moquette ou de carrelage. Je marche dans le village en poussant mon vélo, j’ai vu un point sur la carte, un autre cycliste qui est en train de dormir quelque part. Un compagnon d’infortune. Je le déniche devant l’église du village, il a déjà déplié son bivy il est dans son sac de couchage sur le point de dormir. Je déplie à mon tour mon sac de couchage pour me rendre compte, chose prévisible qu’il est encore humide de la pluie d’hier. Il est minuit et j’appelle Charles, encore. Il me demande si j’ai mangé je lui répond que je n’ai pas trouvé. Il a cette phrase qui résonnera pendant un moment “c’est pas bien, tu ne te rends pas compte de ce que tu demandes à ton corps”. Non je ne me rends pas compte, je n’ai pas vraiment faim étonnamment alors que j’ai fait plus de 700 kilomètres. Il faut anticiper, il faut manger plus, mieux, j’ai enchaîné les erreurs ces deux premiers jours en négligeant l’alimentation et je risque de le payer demain. Et problème plus immédiat, impossible de dormir dans le sac de couchage mouillé, je tremble. J’ai arrêté de rouler et mon corps se refroidit. L’adrénaline est encore là, je ne sens pas la fatigue même si je sais qu’il serait plus sage de dormir. Je déteste ce froid, je me relève, je remballe tout avec une pensée pour Baptiste dont je n’aurais fait que troubler les précieuses heures de sommeil.
13:04
245km
18.8km/h
2,800m
2,750m
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April 20, 2025
Je repars de chez Elena dans la nuit. Il ne pleut plus, le vent est tombé, la température est douce. Elena reste à mes côté alors que je charge mon vélo, je la remercie une dernière fois et je glisse dans la nuit qui s’éclipse déjà. Le jour se lève et je grimpe doucement dans des champs de colza, la route est belle et je profite de ma forme du matin pour rattraper les conversations sur mon téléphone, envoyer des vocaux. Charles m’appelle, je suis étonnée. Il est dans le taxi, il s’est levé tôt pour prendre un vol et il en a profité pour checker mon point sur la carte : je suis en train de repartir en arrière. Incrédulité d’abord, il faut que je le vois de mes yeux. Il s’est peut-être trompé même si je sais qu’il connaît bien ce genre de cartes. Mon point GPS à peut être buggé. Il a vu juste, je suis en train de faire une boucle qui ne va pas tarder à me ramener chez Elena. Un détour de 20km et pas sur du plat, c’est une heure de perdue. Je m’énerve contre moi-même, pas possible de se planter au seul embranchement de la région. Charles me calme, il me rappelle que Victor sur la Trans Continental Race a oublié son passeport et dû faire un aller-retour de 300km, pourtant il ne s’est pas découragé. “C’est fait, n’y pense plus, regarde devant”. Les mots justes, je ravale mon seum matinal et je repars dans le bon sens.
01:07
17.1km
15.3km/h
250m
200m
Minoep went cycling.
April 18, 2025
Au départ il y a un grand gymnase, de la musique et des promesses désastreuses de la part de toutes les applications météo. Certains arrivent en vélo, d’autres en voitures, en vans. Derniers réglages et essayages de bicyclettes sur le parking du gymnase, quelques uns fument sur les marches : pas de doute bientôt nous serons plus de 300 à prendre le départ de la Désertus Bikus pour relier le (plus si) paisible d’Hasparren au (pour l’instant) serein village d’Almunecar. Mon vélo est harnaché : sacoche de cadre, sacoche de selle, prolongateurs (testés deux jours avant sur 20km) un peu de travers, duvet sanglé et GPS ligoté à une chambre à air. Tous les espaces libres sont bourrés de barres énergétiques, de gels, de sandwichs préparés par Charles. Nos copains Pierrette et Jean Clément sont venus de Bayonne pour assister au départ, ils surveillent d’un œil amusé les derniers préparatifs. C’est l’heure de récupérer le pack de départ : un tracker qui permettra de me suivre et que je dois caser au milieu de mon équipement déjà bien serré, un foulard, une gapette, un protège cou. Tout ça est encore propre et sera bientôt trempé par la pluie et la sueur. Odeur de route et de poussière dont je me débarrasserai dans une laverie à l’arrivée sans regrets. Je suis prête mais il reste encore 3h à tuer, le départ sera donné à minuit. Nous partons chercher à manger, le restaurant du coin s’est fait dévaliser par une centaine de cyclistes quémandant un dernier repas. On nous redirige vers le bar juste à côté où les copains auront droit à un classique planche de charcuterie/pinte pendant que je déguste un tupperware de riz accompagné d’un verre de menthe à l’eau, le tout sur fond d’un karaoké de chant basques. En repartant l’un des chanteurs nous demande des infos sur la course et ouvre des yeux comme des soucoupes en apprenant le projet. Premiers d’une longue liste d’yeux soucoupes que je collectionnerai le long du voyage. Il me souhaite une bonne “gaupasa”, nuit blanche en basque. Et il ajoute que j’ai tout à fait l’air d’une factrice ce qui m’inquiète un peu pour les conditions de travail des facteurs basques mais ma foi pourquoi pas. De retour dans le gymnase, ceux qui prenaient quelques heures de sommeil se réveillent. On se met en place pour une photo avec toutes les femmes, on occupe 4 ou 5 bancs sur le gradin, c’est fou pour une course d’ultra où on compte d’habitude trois ou quatre femmes pour cent hommes. Le départ est donné, je suis perdue et mon GPS aussi : au départ trois directions sont possibles, je les fait toutes avant de prendre la bonne, ça commence bien. On file dans la nuit c’est toujours grisant, le béton défile… Je suis avec un petit groupe qui roule bien jusqu’à ce que mon GPS m’indique de tourner sur une petite route qui descend. Là commencent les premiers ennuis, je suis seule sur des routes minuscules qui grimpent avec des pourcentages à plus de 10%... Un coup d’oeil sur l’application de suivi de la course m’indique que je suis la seule à suivre cette route. Je ne suis pas partie depuis une heure, j’envoie un vocal à Charles qui connaît bien ces chemins. Il me confirme que ça na va pas ; mon GPS m’a envoyé sur la route des Crêtes qui porte bien son nom : très belle de jour et/mais très pentue. Il m’indique comment je peux récupérer la grande route à une prochaine intersection. Je suis guidée et bientôt je retrouve la départementale, plus grande, plus plate et désertée par les voitures à cette heure tardive. Je rejoins un petit groupe de filles strasbourgeoises, les kilomètres défilent plus vite avec elles. Elles prévoient de s’arrêter à Vittoria Gasteix et, je les perds dans une côte à la frontière. Je fonce, l’excitation en passant en Espagne autour de 3h du matin. Si peu de temps et déjà l’Espagne ! Je croise quelques cyclistes qui ont également opté pour la côte et San Sebastian durant cette nuit. D’autres sont dans les Pyrénées, un parcours plus pentu mais plus direct et qui les amènera dans les cols enneigés. Robin, un aveyronnais, roule à mes côtés jusqu’à 5h du matin. Il a des douleurs aux genoux depuis quelques semaines qui le font douter d’arriver à Almunecar. Nos chemins se séparent alors qu’il commence à pleuvoir, il a prévu un pantalon de pluie et il s’arrête pour s’équiper. Je lui lance “à plus tard !” mais je ne le croiserai malheureusement plus même s’il ira bien au bout. A 6h du matin la pluie tombe en grands rideaux. Le premier jour se lève sur un moment d’euphorie, je chante à en effrayer les moutons basques. Un premier col, et une fois dans la descente, le froid tombe. La pluie ne s’est pas arrêtée et tout est trempé. J’essaie d’arriver le plus vite possible à Vittoria Gasteix pour l’ouverture des cafés. J’en choisis un sur ma route sur Google Maps et je m’y arrête.Quelques habitués sont déjà là et boivent peu de cafés con leche et beaucoup de picon bière. Je tremble comme si je venais d’en descendre quelques-uns avec eux, j’essaie de me réchauffer à coup de cafés et je file dans les toilettes enfiler des affaires sèches. Elles ne le resteront pas longtemps, la pluie continuera toute la journée. Les routes sont des grands axes ventés. Je ne m’arrête pas pour manger, je pioche dans mes sandwichs et dans mes barres. Un peu avant Burgos, alors que je lutte contre le vent de face, je tombe sur Mauve et Clémence. Elles m'attendaient pour pouvoir se relayer à trois. Une riche idée puisque nous entamons une ligne droite de 20km battues par le vent, la pluie et bientôt la grêle. Elles prévoyaient de dormir après le premier checkpoint mais les conditions ont ralenti tout le monde, elles appellent leurs hôtels et en réservent d’autres à Burgos, dernière grosse ville étape avant le CP1. En arrivant à Burgos il pleut toujours. Hésitation, j’appelle Charles, que faire ? Dormir là et m’arrêter alors qu’il ne fait même pas nuit ? Continuer sous la pluie ? La journée et les conditions difficiles m’ont bien entamée j’ai envie de pleurer, je n’arrive pas à faire de choix. Je n’ai pas envie de repartir mais je n’ai pas envie d’arrêter encore si loin de mon objectif, atteindre le CP1. Je repars, je fais demi-tour. Je recommence. Je pars. Je quitte Burgos, musique dans les oreilles et en mangeant une barre pour reprendre quelques forces. Les paysages sont magnifiques, une petite route serpente entre les falaises et les minuscules villages. La seconde nuit tombe et pendant 2h il n’y a plus rien d’autre à voir que le compteur sous les gouttes de pluie. Continuer la tête baissée en priant pour que les appareils électroniques, batterie, et téléphone portable, ne soient pas en train de faire un 100m crawl dans la sacoche. Quand soudain la route se change en chemin boueux. C’est trop, je n’y vois pas à 20 mètres je ne peux pas m’engager là dedans. Je fais demi-tour et rentre dans une petite maison juste avant le chemin. C’est un endroit où tout le monde se réunit, de ses casas rurales où les retraités viennent jouer aux cartes et regarder des matchs et qui nous avaient déjà sauvés avec Charles l’an dernier à Gor quand ma chaîne s’était cassée. A peine passée la porte je me change aussitôt en une flaque tremblante et dégoulinante. Qu’est-ce que je viens chercher ? Un chemin vers Sad Hill d’abord, mais au bout de quelques secondes la demande devient absurde, je tremble, j’ai froid. Je récolte une bonne volée d’yeux soucoupes qui me rappellent ce qu’on a le plus tendance à oublier sur le vélo : ce à quoi on ressemble. Une dame me prend par le bras et me place devant un poêle, on me propose une bière, un café. J’explique mon souci de chemin non praticable à Elena, la dame qui m’a emmené devant le feu et je lui demande soit un itinéraire bis vers Sad Hill soit l’adresse d’un hôtel dans le coin. Il faut imaginer la conversation en espagnol approximatif et prononcée par un corps qui n’arrête pas de trembler au point qu’on peut se demander si je ne suis pas en train de vivre un exorcisme. Bien sûr la pauvre ne comprend pas grand chose alors une jeune fille Itsaso -qui veut dire “mer” en basque comme je l’apprendrai plus tard dans soirée- commence une traduction en anglais. Elena refuse de me laisser repartir, Itsaso me dit qu’elle propose de m’héberger pour la nuit. Je ne sais pas où elle habite et si on doit s’éloigner du village il faudra que je reprenne le parcours ici demain matin… Mais je ne suis pas en mesure de refuser, j’accepte et je la remercie (environ un milliard de fois au cours de la soirée). Elle habite en réalité juste derrière la casa rural, elle m’y emmène, m’aide à étendre mes affaires trempées, me prête un pyjama de son fils et m’indique un immense lit double. Elle me propose aussi de me faire une tortilla. Il faudrait que je mange mais il est minuit et j’ai déjà l’impression d’abuser avec mes affaires trempées. Je mange un bout de sandwich en buvant un verre de lait chaud. Rideau, les premières 24h de la course viennent de passer, j’ai parcouru 352km, je dors 6h.
19:43
353km
17.9km/h
5,000m
3,860m
Lola Ortega and Minoep planned a run.
December 21, 2022
02:11
21.2km
6:12/km
60m
60m